Radiographie du trottoir au masculin

C’est 20 francs la pipe, 100 francs l’amour. Vous l’avez compris on va parler prostitution. Alors que l’association genevoise de défense des péripatéticiennes Aspasie fête ses 30 ans, il semblerait bien que le visage du travailleur du sexe de rue revête une nouvelle forme dans la cité de Calvin. Rendez-vous est pris avec Stéphane With, chargé de projet de prévention à Aspasie. «En 2001, la prostitution masculine se concentrait surtout dans les toilettes publiques. On pouvait trouver jusqu’à dix ou quinze gars en face de la poste de Mont-Blanc. On travaillait beaucoup avec des locaux. C’est vrai que ces dix dernières années notre travail a pas mal évolué…» Et pour cause. Les WC publiques ont peu à peu fermés entraînant un déplacement de l’offre vers internet. Ce glissement a eu pour effet de libérer de la place pour de nouvelles populations sur les trottoirs. «Les jeunes locaux, parfois en rupture, se font aujourd’hui plus rares. Depuis 4 ans, sur les 120 ou 150 personnes que l’on rencontre en moyenne par année, il y a de plus en plus de Roms entre 18 et 30 ans qui proposent leurs services».

Prostitution et migration

Le travail de prévention lié aux maladies sexuellement transmissibles a du s’adapter face à cette nouvelle réalité. Premièrement la barrière culturelle à du être franchie. «La société Rom est passablement machiste. Ce n’est pas évident de parler de sexualité et encore moins d’homosexualité.» Deuxièmement, le matériel de prévention traditionnellement écrit a du être repensé, une traduction ne suffisant souvent pas. «L’illettrisme de certains des prostitués Roms nous a poussé à faire appel à des interprètes pour pouvoir faire passer notre message.» Un message qui n’est pas anodin de rappeler comme nous le confirme Stéphane With: «j’ai déjà rencontré des travailleurs du sexe issu de cette population migrante qui n’avait jamais entendu parler du sida!». Et la capote? Là aussi les choses sont compliquées. Les Roms n’étant la plupart du temps pas autorisés à travailler sur le territoire helvétique, ces deniers hésitent souvent à avoir des préservatifs sur eux. En cas de contrôle de police, ils pourraient être considérés comme des indicateurs d’un travail rémunéré et illégal.

Les Roms ne sont pas les seuls à vendre leurs corps sur le bitume genevois. On retrouve également des toxicomanes. Là encore, le travail lié à la prévention s’avère ardu. S’il y en général pas forcement de barrière linguistique à traverser, c’est l’urgence qui complique la donne. «C’est la nécessité de trouver de l’argent vite qui les motives. Cette situation en permanence tendue fait en sorte qu’ils ne sont pas très attentifs à ce qu’ils font avec leurs clients ni même à ce qu’on leur dit» précise notre chargé de projet de prévention à Aspasie.

Un contexte politique tendu

Moins visible, on ne parle que rarement de la prostitution masculine de rue. Il n’en reste pas moins qu’elle doit également faire face à une dialectique politique assez perverse. Dans l’ambiance sécuritaire de ces dernières années le raisonnement de certains de nos élus est parfois assez simpliste. «Leur logique consiste à croire qu’il y a des dealers car il y a des prostitué-e-s. Si l’on pousse le raisonnement on peut donc se débarrasser des dealers en se débarrassant des prostitué-e-s.» L’UDC genevoise a d’ailleurs déposé un projet de loi qui vise à interdire la prostitution dans les rues comprises dans un périmètre de 500 mètres entourant les écoles. Autant dire que tout le quartier des Pâquis est concerné. Pour Stéphane With «c’est difficile d’évaluer la portée d’une telle proposition mais il y a fort à parier que cela renforcerait le travail en salon, tuant par là même le côté artisanal et indépendant du métier.»

Il existe enfin un nouveau phénomène, cette fois-ci moins présent dans la rue, mais qui souligne lui aussi une nouvelle réalité: la prostitution étudiante. «Un phénomène que l’on voyait moins avant» mais qui met en exergue une tendance latente dans notre société: la précarisation des personnes insérées socialement.

Permanence d’accueil d’Aspasie; 36, rue de Monthoux. 1201 Genève / Suisse. Lundi, mardi et jeudi, de 14h à 17h. Disponible également: tests de dépistages VIH gratuits et bons pour la vaccination contre l’hépatite B.

www.aspasie.ch


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Article source: http://360.ch/blog/magazine/2012/02/radiographie-du-trottoir-au-masculin/


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