Suicides de jeunes gays: une lecture trop simpliste?

Jeffrey Fehr, 18 ans, Eric James Borges, 19 ans, Phillip Parker et Rafael Morelos, 14 ans tous les deux. Le mois dernier, la presse américaine a rapporté le suicide de quatre jeunes gay, tous décrits comme victimes de harcèlement homophobe. Depuis quelques années, le nombre de ces récits de vies brisées par le «bullying» ont explosé dans les médias, qu’ils soient généralistes ou s’adressent au public LGBT. Mais aux Etats-Unis, beaucoup s’interrogent sur les effets de cette litanie tragique, et de la mobilisation qu’elle a généré dans l’opinion publique, la classe politique et jusque chez les célébrités. Beaucoup estiment que ce battage contribue à créer une lecture trop simpliste du phénomène du suicide des jeunes. En septembre dernier, l’hommage que Lady Gaga avait rendu sur scène à l’un de ses fans qui venait de se suicider avait déjà causé un certain malaise. La star avait dédicacé un titre à la mémoire de Jamey Rodemeyer, 14 ans, «harcelé à mort par ses camarades». Certains avaient dénoncé une «starisation» des suicides aux conséquences potentiellement dévastatrices.

«Histoire collective» réductrice

Dans un article du «Huffington Post», Katherine Bindley donne la parole à des professionnels de la santé mentale, plutôt perplexes. Ainsi Ann Haas, une experte de la Fondation américaine pour la prévention du suicide rappelle que «l’immense majorité des gens qui mettent fin à leurs jours souffrent de troubles psychiques diagnostiqués.» Or, selon la chercheuse, les cas rapportés par la presse tendent à créer une «histoire collective» où le suicide apparaît comme «une réponse normale et compréhensible à ce comportement terrible qu’est le bullying. Dans notre pratique de la prévention du suicide, nous mettons l’accent sur des causes multiples.»

De fait, le suivi accordé à quelques cas de suicides qui ont déclenché l’indignation du public, ces dernières années, ont soulevé de nombreuses questions sur l’état psychologique des victimes – ceci indépendamment des mauvais traitements infligés par leurs camarades. En 2010, Phoebe Prince, une jeune fille de 15 ans avait déjà tenté de mettre fin à ses jours, connu des épisodes d’automutilation et reçu un traitement d’antidépresseurs. C’était avant qu’elle subisse le harcèlement de ses camarades et qu’elle se donne la mort. Dans l’affaire Tyler Clementi, la même année, il est apparu que le jeune étudiant avait fait l’expérience d’un coming-out mal accepté par sa famille, juste avant son plongeon fatal dans l’Hudson. Le débat s’est toutefois concentré sur l’humiliation qu’il avait subie. Un camarade de chambre avait violé l’intimité de Tyler en filmant la rencontre de ce dernier avec un autre homme et avait diffusé la scène en direct sur internet.

Depuis quelques temps, un laboratoire du Centre pour le contrôle des maladies travaille à la définition du bullying en tant que problématique de santé publique. Selon la chercheuse Catherine Bradshaw, il n’y a aucun signe d’une «épidémie» ou de recrudescence du suicide des jeunes aux Etats-Unis. Le nombre de cas parmi les 15-19 a même décru entre 2000 et 2009. En revanche, le développement d’internet et des réseaux sociaux a contribué à faire émerger ces récits dans les médias et le débat public.

Prévention du bullying sans effets

Clayton Cook, un professeur de psychologie de l’éducation à l’Université de Washington, plaide pour une approche plus large de ces cas. Il estime que seule la prévention des problèmes de santé mentale est susceptible de réduire les conséquences du harcèlement en milieu scolaire. «Si l’on consulte la littérature scientifique, explique-t-il, on s’aperçoit que les programmes de prévention du bullying se sont avérés peu efficaces. Ils combattent le symptôme et non la cause.» Pour le chercheur, les enseignants devraient d’abord éduquer les enfants à se préoccuper du bien-être de leurs camarades et à gérer leurs émotions.

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Article source: http://360.ch/blog/magazine/2012/02/suicides-de-jeunes-gays-une-lecture-trop-simpliste/


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